Le Souhait de Marie NDiaye

Publié le par Olga

collection mouche. Ecole des loisirs.
Comme tous les livres de Marie NDiaye que j’ai lus jusqu’ici, qu’ils soient consacrés aux enfants ou pas, je retrouve, derrière son écriture, dans le tout récent : Le souhait, sa présence discrète et calme, son intelligence et sa poésie. Sans doute parce qu’elle est à l’origine d’un des livres qui a le plus compté dans ma vie, j’accueille toujours ses nouveaux écrits avec un grand enthousiasme.
Le souhait est un livre pour les 7 / 8 ans, qui pourrait n’être qu’un petit roman sur l’adoption mais qui s’avère être bien plus que cela.
Un homme et une femme sont rongés par l’absence d’un enfant dans leur vie, ils ne rêvent que de cela, le destin leur paraît terriblement injuste, eux qui ont tout, qui ont réussi, les voilà démunis et possédés par ce manque. Chaque année leur calvaire culmine au moment de noël, où pour faire comme les autres parents, ils se rendent dans les grands magasins pour acheter des jouets à cet enfant qui n’est pas. Tout est pourtant près, il a sa chambre et les jouets s’entassent depuis des années. Jusqu’à ce qu’enfin le miracle s’accomplisse et qu’une petite fille noire arrive dans leur vie un matin. A sa grande surprise, voilà qu’elle ne découvre pas deux adultes, mais deux cœurs bien serrés frétillants d’amour. C’est là que toute l’histoire dépasse le cadre de l’adoption, et vient s’inscrire plus globalement dans les rapports d’amour entre parents et enfants. Cette petite fille : Camélia, ne trouve finalement personne pour s’occuper d’elle, au contraire, c’est elle qui va devoir porter et supporter ce trop plein d’amour qui déshumanise ses parents. Mais ils l’aiment, que dire de plus, ils l’ont imaginé pendant si longtemps, maintenant qu’elle est là, elle ne doit pas les décevoir. Ses tenues blanches et impeccables sont pendues dans un placard, des montagnes de jouets l’attendent, mais cet amour dont ils l’engluent sans s’en rendre compte, lui pèse. Enivrés par leur bonheur et rengorgés par tout leur amour, ils n’entendent même pas ce que Camélia répète sans cesse : « n’avez-vous vraiment rien d’autre à me dire ? ».
C’est terriblement difficile  pour un enfant de s’octroyer le droit d’exister en tant que tel, c’est ce que n’arrive pas à faire Camélia, l’image rêvée d’elle que lui envoient ses parents l’a contrainte à rester enfermée dans ce carcan, à regarder les autres jouer au loin, dans une vraie vie d’enfant. Mais un jour la tentation devient trop forte ou le poids de l’amour devient trop lourd et elle laisse ses parents bien au chaud sur un banc pour partir quelques instants jouer avec les autres enfants… quelques minutes, quelques heures… Puis elle reprend le chemin de la maison et  soudain se rend compte qu’elle les a oubliés ! Le square a fermé ses portes, elle ne les récupérera que le lendemain. Un sentiment de culpabilité et de soulagement l’envahit, elle peut enfin être elle-même, en vie, mais pour cela elle a dû trahir l’amour de ses parents. N’est-ce pas finalement ce qui va leur permettre à leur tour de devenir de véritables adultes ?
Quand les parents finissent par entendre ce que dit leur enfant, qu’ils ont retrouvé la pudeur de leur amour, ils reprennent instantanément forme humaine. Marie NDiaye remet les actes au centre de leur relation, l’amour et ses preuves ne doivent pas être galvaudés, tant que ses parents n’avaient pas trouvé leur place Camélia ne pouvait pas être leur enfant.
Après l’envoûtant conte : La diablesse et son enfant (école des loisirs), Le souhait s’inscrit au cœur des problématiques d’écriture de l’auteur : le rapport aux parents, les liens familiaux ambiguës, l’étrangeté de la filiation. Dans une langue simple Marie NDiaye symbolise très justement ce que veut dire être parents adoptifs ou non.

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armeli 09/12/2009 10:55


je cherchais un avis sur ce livre justement...
Quel est ce livre de Marie NDiaye qui a tant compté pour vous ?
merci